Formation intégrale et personnalisée

La formation intellectuelle

« Pour la rendre pastoralement plus efficace, la formation intellectuelle sera intégrée dans un parcours spirituel marqué par l’expérience personnelle de Dieu, de façon à dépasser une science purement notionnelle et parvenir à cette intelligence du cœur qui sait “voir” d’abord et qui est en mesure ensuite de communiquer le mystère de Dieu aux frères. »

Saint Jean-Paul II,
Pastores Dabo Vobis, §
51.

Travail - 55

Pour nous qui cherchons Dieu en pleine liberté, il n’est aucune dimension de notre être qui puisse rester sur le bord de la route ! Comment servir le Christ sans l’aimer, et comment l’aimer sans le connaître ? « Le faire sans le savoir est aveugle, et le savoir sans amour est stérile. […] Il n’y a pas l’intelligence puis l’amour : il y a l’amour riche d’intelligence et l’intelligence pleine d’amour » (Benoît XVI, Caritas in veritate, n. 30).

Suivre des cours, rédiger des devoirs, passer des examens, c’est donc pour nous plus qu’une simple préparation de notre activité pastorale future, plus qu’un temps laissé aux apôtres impatients pour apprendre par cœur ce qu’ils auront à répéter aux foules — c’est une manière de nous laisser former, c’est-à-dire transformer, aujourd’hui par le Seigneur : ainsi seulement notre prédication sera un peu de nous-mêmes, un témoignage comme le peuple de Dieu l’attend !

Parce qu’elle est nécessaire à la formation humaine, complémentaire de la formation spirituelle et déjà formation pastorale, la formation intellectuelle n’est pas « sous-traitée » à des professionnels : le programme des cours et les méthodes pédagogiques sont conçus conjointement par nos professeurs et par le supérieur, et validés par notre évêque, de manière à préserver la cohérence de ce qui nous est offert ! Nos professeurs eux-mêmes, par le témoignage de leur vie chrétienne dans le monde, manifestent cette unité.

Travail - 32L’étude de la philosophie est la matière principale en Premier cycle — environ 10 heures par semaine. Pourquoi faire, nous demande-t-on souvent ? Saint Jean-Paul II vient de nous donner de précieux éléments de réponse. Bien que Dieu se révèle à nous par la venue en ce monde de la Parole de son Fils et par l’effusion de son Esprit Saint, l’homme est naturellement porté à la recherche de la connaissance de lui-même, du monde qui l’entoure et de Dieu. C’est bien dans ces questions (philosophiques) que la Révélation vient se glisser — pour attirer l’intelligence de l’homme encore plus loin, en Dieu !

La philosophie est donc l’apprentissage de la recherche et de la vénération amoureuse de la vérité dont Dieu a mis le désir en nous pour nous attirer à lui. Cet apprentissage repose sur l’harmonisation progressive et confiante de la foi et de la raison, sans séparation ni subordination, elles qui toutes deux trouvent leur accomplissement dans ce même Dieu qui nous les a données.

La philosophie, littéralement, c’est l’amour intime de la sagesse, elle qui « attire avec force et douceur l’esprit de l’homme vers la recherche et l’amour du vrai et du bien ; l’homme qui s’en nourrit est conduit du monde visible à l’invisible » (Vatican II, Gaudium et Spes, n. 15). Même lorsqu’elle adopte un langage abstrait, la philosophie est toujours ordonnée à la vie de l’homme dans ses multiples aspects. Les cours qui nous sont donnés le montrent : « Philosophie de l’homme », « Philosophie morale », « Philosophie politique », « Philosophie de la connaissance », « Question philosophique de Dieu », « Métaphysique », etc.

Fidèles à la recevoir chaque jour comme la Parole de Dieu, nous commençons à apprendre à interpréter la Bible comme telle dans le travail. Belle école d’humilité et d’émerveillement, pour nous qui nous préparons à l’annoncer ! Ces textes par lesquels Dieu d’adresse au monde recèlent une richesse infinie que la simple lecture ne suffit pas à dévoiler, mais qui nous convoque à un engagement complet de l’intelligence. Il faut prendre le temps d’écouter docilement la lettre, d’entrer dans la pensée et le style de l’auteur sacré, de connaître la science de l’exégèse, pour rendre possible cette rencontre du Seigneur que Dieu a préparée en inspirant la parole d’un homme il y a des siècles.

Tout au long des études, nous suivrons des cours sur les différents textes de la Bible, à la fois pour les connaître chacun et pour affiner peu à peu notre pratique de l’exégèse. La première année est le lieu d’introductions générales (et donc indispensables !) à l’Ancien et au Nouveau Testament. En seconde année, nous étudions en détail deux textes inséparables : le Pentateuque et l’Évangile selon saint Matthieu. Enfin, dès la première année, nous commençons l’apprentissage du grec, langue du Nouveau Testament, pour être en mesure de puiser directement au texte inspiré.

Travail - 02L’étude de la théologie suppose une certaine maturité spirituelle et intellectuelle, elle est donc pour l’essentiel, dans tous les séminaires, différée après le Premier cycle. Mais dès ces premières années, nous ouvrons les portes de la théologie catholique. D’ailleurs, après une, deux, trois années à méditer la Parole de Dieu quotidiennement, à commencer de l’annoncer dans nos apostolats et à nous ouvrir au mystère de l’homme, de nombreuses questions théologiques émergent dans nos intelligences désireuses de réveiller leur catéchisme ! C’est donc moins pour apporter des réponses que pour attiser en nous ce désir que quelques cours nous sont dispensés.

Les initiations à la théologie sont pensées en continuité avec celles reçues à la Maison Saint-Jean-Baptiste, qui a notamment été le lieu d’un cours d’ensemble sur le « Mystère chrétien », c’est-à-dire le catéchisme de l’Église catholique. Pour nous qui désirons répondre à l’appel du Christ, le cours de première année est une aide : il traite de la « Révélation divine », c’est-à-dire la manière dont Dieu se donne à connaître à nous. En deuxième année, nous portons successivement notre regard sur la « Théologie morale », la « Théologie de la liturgie », la « Théologie des Pères de l’Eglise », ou encore, en étudiant quelques auteurs embrasés par la recherche de Dieu (Quærere Deum), sur l’articulation de la foi et de la raison.

Voilà une question que l’on nous pose souvent ! Oui, nous passons des examens, car ils sont d’abord le moyen pour nous-mêmes, séminaristes, premiers acteurs de notre formation, d’évaluer objectivement l’assimilation du savoir qui nous est offert. Pour nos professeurs, c’est aussi un canal indispensable pour s’assurer que nous avons compris ; ceci leur permet de préciser les choses avec nous dans les cours suivants et de s’adapter pour les étudiants de l’année suivante. Complément nécessaire à l’apprentissage des cours, le « Devoir semestriel » est un bref mémoire écrit (une vingtaine de pages) qui nous est imparti individuellement chaque semestre ; il est l’occasion pour chacun de s’engager plus intensément dans la pratique de l’étude, puisque « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » ! Mais la réussite de nos études ne se mesure pas aux notes qui nous sont attribuées, mais à l’expérience du Ressuscité que nous vivons dans l’étude.

Dans la continuité de l’étude de la philosophie, nous cherchons à partir avec entrain à la rencontre du monde d’aujourd’hui, dans lequel vivent nos futurs paroissiens, car « il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho » dans nos cœurs de disciples du Christ (cf. Gaudium et Spes, n. 1). C’est pourquoi de nombreux cours viennent enrichir par l’intelligence notre amour du monde que Dieu a aimé : Histoire de l’Église (et par là de toute notre civilisation), Histoire de l’art (complétées de visites culturelles), Culture générale (organisé en thématiques propres à notre siècle), etc. Suivant cette même intention de connaissance de l’homme dans sa réalité concrète, nous sommes encouragés à compléter nos lectures des apports de la littérature et de la poésie.

Pour nous qui sommes appelés à comprendre les hommes d’aujourd’hui pour leur annoncer l’évangile, la question n’est pas de savoir si telle idée est « bonne » ou « mauvaise ». Notre tâche est d’être capable d’écouter avec suffisamment d’attention les questions et les idées qui aujourd’hui, de fait, habitent les hommes, pour y trouver les leviers aptes à les conduire vers le Seigneur, lui qui est la seule Vérité. « En enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps » (Matthieu 13,29). C’est pourquoi, dans nos cours de philosophie, nous nous attachons à associer un a priori de bienveillance à un regard critique juste et fondé, y compris vis-à-vis d’auteurs que nos préjugés nous porteraient à condamner sans procès ! Les Journées philosophiques, séances thématiques sur des sujets contemporains, sont pensées dans ce but.

TutoratPour nous aider dans cette belle tâche, chacun de nous est accompagné par un tuteur ayant lui-même vécu ces conversions intellectuelles. Chacun nous arrivons avec nos études profanes, avec nos lectures, nos centres d’intérêts, nos questions et nos préjugés, chacun nous portons une disposition aux études qui nous est propre. C’est au tuteur de nous aider à identifier tout cela pour tirer le meilleur parti de ce qui nous est proposé, grâce à des entretiens qui se tiennent toutes les deux semaines. Nous lui présentons notre rythme de travail, notre niveau de compréhension (ou d’incompréhension !) des cours, l’avancement des lectures qu’il nous a recommandées, la progression de notre devoir semestriel, etc. En retour, il apporte son aide extérieure, aussi bien pour nous donner des méthodes pratiques de travail que pour identifier avec nous notre propre manière de penser.

Cette expérience intellectuelle ne consiste pas à connaître toute l’histoire des idées des hommes : elle s’intègre dans l’exigence de connaissance de soi indispensable au futur pasteur, qui est la ligne directrice de toute la formation en premier cycle. Apprendre à prendre la parole, apprendre à expliquer quelque chose, plus que des techniques oratoires, c’est d’abord prendre conscience de ses propres préjugés et de son propre vocabulaire. Par cette passionnante expérience de liberté et d’humilité, nous tâchons d’être un peu plus maîtres de nos propres opinions — et ainsi capables d’entendre celles des autres. L’un de nos professeurs nous rappelle souvent ce mot par lequel le philosophe Alain définissait son métier : « Je ne me suis jamais proposé autre chose que de savoir ce que je disais quand je parlais comme tout le monde ». Or le prêtre doit savoir ce qu’il dit, lui qui parle à tout le monde !